mercredi 22 juillet 2009

Le bruit

Mon propre bruit, le bruit des autres, le bruit du dehors, tout une espèce de cacophonie qui a le don de taper sévèrement sur le système nerveux. Loin de moi l'idée de faire un procès à l'humanité pour délit de nuisances sonores, loin de là.
Qui serais-je pour jeter des petits cailloux tranchants à ma chère et tendre voisine du dessus, qui a eu soudainement envie de me faire découvrir Eros Ramazzotti, ses bêlements mièvres sur fond musical de guitare en plastique désaccordée? D'autant que je suis tombée très tôt dans le bouillon de culture de la musique-qui-fait-du-bruit, aussi connue sous le nom de METAAAL, et qui, je suppute, doit parfois percer les tympans délicats de ma néanmoins douce et dodue voisine. Petite parenthèse, après validation par un comité scientifique très exigeant, il a été établi que Eros Ramazzotti 0 - Anders Frieden 1.
Je reconnais vouer une sainte horreur aux bricoleurs du dimanche matin, ceux qui rafistolent leur maison et aiment tant à le faire savoir à leurs voisins en déclenchant leur perceuse avant même le lever du soleil, ou démarrent leur tondeuse avec force vrombissements et pétarades. Au cours de cet exercice périlleux, ils sont accompagnés par la voix de leur douce moitié qui leur rappelle de ne pas oublier le rosier, chéri, et si tu peux aussi aller chercher du pain pour le barbecue ça serait parfait. Le tout à un volume sonore totalement déraisonnable. Vous avez déjà essayé de couvrir de votre voix le bruit d'une tondeuse?
Au même titre, je maudis très fort les voisins qui font une grosse boum avec champagne à volonté et finissent par hurler des propos totalement incohérents, sorte d'invocation diabolique à la lune qui tourneboule leurs estomacs rendus fragiles par l'absorption en masse de cochonneries diverses et variées.
Une pensée émue au passage pour le monsieur du quatrième étage, propriétaire d'une voix de stentor proportionnelle à sa bedaine proéminente. Un monsieur vraisemblablement esseulé, qui s'ennuie fermement et passe de longues heures au téléphone à sa fenêtre, déversant ses discussions prosaïques dans les conduits auditifs de tout un parterre de voisins, malheureux et suspendus à ses lèvres par la force des choses. Chantal viendra-t-elle dîner vendredi? Le mystère demeure entier.

Mais tout ceci n'est, au fond, que bibus et crottes de singes face au supplice que j'ai eu le privilège d'expérimenter ces jours derniers.
Ayant récemment entrepris un chantier d'envergure dans ma tanière, chantier que je détaillerai sans doute, un jour prochain, afin d'en débarrasser mon cerveau déjà en ébullition, j'ai découvert avec un plaisir non dissimulé la Symphonie en Perceuse Majeure. Tous les matins, à une heure totalement inacceptable pour la marmotte qui sommeille en moi, débarque une belle bande de joyeux drilles. Ils s'apostrophent d'une pièce à l'autre d'une voix gutturale qui fait résonner les cloisons, et, après avoir sacrifié au rituel du café/clope/cancans, mettent en marche leurs engins diaboliques, et en avant la musique.
Rodrigue entame le prologue, en martelant délicatement avec son marteau. La cadence est donnée, le rythme est lancé, BOUM, l'ambiance est posée, entêtante, BLAM, j'entends ses muscles se tendre pour venir à bout de ce malheureux pan de mur qui lui résiste tant. BING.
Son copain José se joint alors à ses efforts pour un allegretto con moto, et après quelques ratées, le voilà maître de sa ponceuse, ZIIIIH, Mais vas-y mollo mert'quoi t'veux faire un trou dans euch'mur arh arh.
La tension dramatique est à son comble, CRAAAAC, quand la radio fait son entrée. Petit intermède ô combien délicat, totalement surréaliste dans ce déluge d'ondes sonores cacophoniques. Saviez-vous que le vénéré Sébastien Folin anime une émission de quizz de géographie sur RTL tous les après-midis, juste avant les Grosses Têtes? Et bien maintenant, je détiens cette information ô combien précieuse, et je suis sûre qu'elle me servira dans un avenir proche.
Soudain, intervient Eric. Lassé de toute cette poussière qui envahit peu à peu les moindres recoins de ma maison, de mes baskets, s'insinuant même dans ma cafetière, Eric décide de passer l'aspirateur, se lançant alors dans une gigue endiablée, ponctuée de petits entrechats pour éviter tout à la fois le câble électrique, le flexible, et tous ses petits copains. WOUSH CRAAC ZWOUIZ BLAM BLANG BLANG.
Un final à l'intensité dramatico-musicale palpable, crescendo, quand, soudain, le silence retombe brusquement. Un silence presque bruyant, qu'on apprendrait volontiers à apprécier. TIN TIN TIN TIN TIN* RTL Bonjour, Bienvenue sur les Grosses Têtes. Ah, tous comptes faits, ça sera pour une prochaine fois.
L'apocalypse sonore a été mienne durant quelques jours. D'aucuns me répondront qu'après trois jours de métal brutal au Hellfest, j'étais en pleine mesure d'endurer un tel supplice auditif, je répondrai alors par la négative en arguant du fait que Philippe Bouvard à l'heure de la sieste, tabernacle, ça fait mal.

*On ne me blâmera pas pour cette bien piteuse imitation du jingle, j'ai la migraine.

vendredi 17 juillet 2009

Sous le signe de la saucisse

Saucisse.
C'est au final une grande constante de mon existence, une fascination un peu malsaine et totalement obsessionnelle pour la saucisse, et ce depuis toujours.
Déjà, dès mes plus jeunes années, mon arrière-grand-mère, petite dame polonaise toute ratatinée qui ne connaissait que deux/trois mots en français (merde, cul et nez, pas besoin de plus si on y songe) me nourrissait de saucisses confectionnées dans le secret de sa cuisine. Je conserve un souvenir ému des fêtes traditionnelles polonaises, notamment au moment de Pâques, où s'alanguissaient sur la nappe brodée moult saucisses de formes, couleurs et goûts variés. Leurs noms évoquent pour moi des souvenirs assez délicieux, et j'en ai par ailleurs l'eau à la bouche au moment où je les tape doucement sur mon clavier: les sossiski, la krakowska, les désormais célèbres (et vendues en grande surface) metka, et autres salceson. Une sorte de litanie, d'invocation rituelle du Dieu de la Saucisse au travers de l'évocation de ses mots aux consonances exotiques (oui, on peut considérer l'Europe de l'Est comme un début d'exotisme).
Un grand coucou au passage à ma copine la Leberka, une saucisse à base de foie qu'on peut étaler sur ses tartines, et à titre anecdotique, mon arrière-grand-mère (cette sainte femme) appelait ainsi le foie gras qu'on lui proposait à Noël. On a eu beau lui expliquer qu'en dépit d'une certaine ressemblance de couleur, de consistance, voire gustative, il n'était pas très bien vu d'établir ce parallèle à table, a fortiori en cas d'invitation chez une tante à cheval sur les principes, jamais elle n'en a démenti, et toujours elle réclamait du rab' de leberka. En même temps, inutile de se leurrer, c'est bon et pas très compliqué à mâcher.
Les années sont passées, le temps s'est lentement écoulé, et cette obsession de la saucisse reste, avec un fascination supplémentaire pour le saucisson, notamment la Kantwurst autrichienne, de forme rectangulaire, qui peut ainsi se poser sans déborder sur des tranches de pain et constituer un sandouiche régulier. Je soupçonne les Autrichiens de lui avoir donné cette forme uniquement dans ce but, par ailleurs.
J'ai déjà pensé plusieurs fois à me faire un petit tour du monde de la saucisse, consignant dans un petit carnet de voyages mes impressions gustatives, olfactives, voire digestives, au sujet des différents formes qu'adopte ce mets traditionnel de part la planète. Y'a bien des gens qui font le tour du monde des sites archéologiques ou des musées d'art contemporain, alors pourquoi pas un hommage à la Saucisse? Après tout, si on propose de l'éco-tourisme, pourquoi pas du Wurst-tourismus?
Force est de constater qu'il est difficile de faire plus simple: de la viande hachée (ou pré-mâchée), dans un boyau, de taille adaptée à la bouche, nourrissante, épicée, avec possibilités démultipliées dans l'emploi d'aromates, s'accordant à ravir avec des légumes (si on est un peu tatillon au sujet de son équilibre alimentaire), de riantes salades variées, des pommes de terre en chemise ou en robe des champs, voire, tout simplement, des doigts avides de la croquer et de l'avaler tout rond.
Saucisse, oui, mais chipo ascendant boudin

Chasse au trésor (fortuite)

A la veille de trois semaines d'horreur domestique, causée par l'intrusion d'une équipe de joyeux ouvriers mandatés pour abattre des cloisons, monter des cuisines, détourner des circuits électriques et d'eau courante, sans oublier des peintures, ponçages, coups de marteau et autres perceuses au bruit si charmant, me voilà fortement affairée à faire un peu de tri.
Bon, d'aucuns me diront qu'au bout de bientôt deux ans passés à camper dans mon nouvel appartement, il était plus que largement temps de le rendre un peu plus convivial et vivable. Tenter de faire la cuisine sur deux petites plaques électriques de camping (merci mamie), en n'en allumant qu'une seule à la fois sous peine de tout faire disjoncter, ça va bien deux minutes, alors deux ans, argh.
Ça y est, je vais enfin pouvoir inviter les copains dans un endroit douillet et bien aménagé. Finies les bières pas très fraîches pour cause de réfrigérateur datant du Jurassique, fini de s'asseoir à même le sol (hé, j'avais tout de même investi dans un plaid à l'époque) par manque cruel de canapé moelleux, fini de passer à peu près tout mon temps dans les 10m² du bureau. A moi les grands espaces, la bibliothèque/cabinet de curiosités truffée de bidules et autres choses étranges. Enfin un espace entièrement dévolu à ma collection de livres (j'avais un peu oublié que j'avais un Larousse médical du début du XIXème, aux illustrations édifiantes, ou l'intégrale de Puck Détective, la série qui a bercé mon enfance, sans parler d'un livre de recettes compilant les meilleures façons de cuisiner la cervelle, et j'en passe) et à ma collection d'objets aux fonctionnalités encore mal définies, comme une mygale de 20 cm naturalisée qui pour le moment côtoie ma collection de vernis à ongles et des tampons-vache. Normal.

L'émotion était à son comble lorsque, ce matin dès potron-minet, je m'attachai à déballer des cartons datant de mon déménagement. J'avais oublié à quel point j'ai pu être bordélique dans mon "ancienne grotte" des Bois Blancs. Quelle joie de voir le contenu d'un carton se répandre au sol, avec son cortège de cônes d'encens, bien entendus réduits en miettes depuis le temps.
En vrac, quelques-unes de mes trouvailles:
★ Mon vieux maillot de bain de collège, une horreur une-pièce totalement immettable et que j'avais dû conserver pour des raisons sentimentales encore obscures.
★ Une quarantaine de briquets encore en état de fonctionnement, il y en a vraiment pour tous les goûts et de toutes les couleurs.
★ Une paire de lunettes orange fluo avec des petits écureuils sur le dessus (leur provenance reste encore un mystère).
★ Tous mes vieux jeux de playstation 1 que je me rappelle avoir cherchés avec beaucoup d'acharnement il y a quelques années.
★ Un coffret de vieilles lettres reçues, cartes postales de copines, messages d'amour au papier jauni, et que je relirai sans doute à tête reposée dans un moment de grand ennui.
★ Un pot de fleur en forme de sorcière avec un gros nez pustuleux et des dents moisies.
★ Un splendide disque vinyle avec deux dadames toutes de vinyle vêtues (les amateurs du genre apprécieront le clin d'œil discret), se fouettant mutuellement. L'une d'elles est cambrée en position de semi-soumission, et comme par hasard le trou du disque coïncide avec son slip. Que la personne qui a planqué ça dans mes affaires se dénonce le plus vite possible, s'il vous plaît.
★ Le Best-Off d'Indra, cristallisation des meilleurs moments des années 90's. Je n'ai aucune idée de ce que cette chose faisait dans une boîte de crayons de couleur.

Je sens que les jours à venir, probablement occupés par de la spéléologie d'intérieur, me livreront encore un lot de délicieuses surprises.
Un contrat sera bientôt placé pour obtenir séance tenante la tête des vilains nains qui , toutes les nuits depuis ma plus tendre enfance, s'amusent à dissimuler des objets hétéroclites dans tous les recoins de ma maison.

jeudi 9 juillet 2009

Le Hollandais roulant

Chaque année, peu après le solstice d'été et son cortège de beaux jours ensoleillés, promesse de sacrifices aux divinités champêtres de la saucisse et du sirop de houblon, commence la grande transhumance du hollandais. Chaque année à la même époque, attiré vers les plages du Sud et l'astre solaire, comme si les transats soufflaient dans leurs petites flûtes hamelinoises, le Hollandais se jette sur les routes européennes. Comme un troupeau de gnous défiant les lions, crocodiles et autres vilains prédateurs embusqués dans la savane hostile, le Hollandais bourre sa grosse berline de gosses, femme, et matériel de survie en milieu balnéaire, y arrime sa petite coquille en forme de caravane, et prend la route.
Le Hollandais, confortablement assis dans le cocon protecteur de son habitacle, déboîte d'abord et met son clignotant après, sans doute pour décorer et avertir l'automobiliste qui aurait le malheur de le suivre, qu'une manoeuvre a été sur le point d'être finie avant d'être amorcée.
Le Hollandais, ne doutant en aucun cas des capacités chevalines cachées sous son capot, s'autorise des dépassements impromptus avec caravane sur la voie de gauche de l'autoroute, occasionnant ainsi un ralentissement important. Ralentissement important que notre pote l'indien rusé appelle pudiquement des bouchons, phénomène typiquement français à en croire l'air las et résigné du Hollandais, coincé avec sa caravane sur la voie de gauche, ne comprenant pas pourquoi il s'attire à ce point les foudres et invectives de ses comparses de galères routières.

Rituellement, sur sa longue route de pèlerinage vers les plages espagnoles si chères à son bronzage et à son taux de bêta-carotène, le Hollandais s'arrête par grappes dans un monastère bien connu par lui. C'est par ban d'une dizaine d'individus environ que le Hollandais se livre alors à un rituel immuable, déposant son urine dans les cuvettes émaillées, rendant un hommage à peine perceptible aux grands prêtes mayas qui faisaient offrande de cœurs et tripailles humaines au sommet de leurs pyramides.
Survient alors le chemin de croix du Hollandais (qui, futé, aura pris ses précautions urinaires avant cette épreuve), la traversée de la capitale française, fleuron des encombrements routiers et zone de non-droit ultime en matière de circulation automobile et deux-rouesque. Car, il n'y a point de secret, ma brave dame. Avant d'atteindre l'Éden de plages sales encombrées de leurs congénères, avant de pouvoir tremper ses lèvres dodues dans le Saint Graal alcoolisé espagnol, le Hollandais doit souffrir en pénitence pour cette année passée à ignorer ostensiblement les véhicules motorisés, sifflant au vent sur sa bicyclette vintage dans les rues et zones qui lui sont dévolues, là-haut, au Grütgrütländ. Imaginez donc le désarroi du pauvre Hollandais, tentant un changement de voie périlleux en pleine période de pointe, et se retrouvant tout de guingois, à cheval entre deux voies, soumis aux quolibets des motards, furieux de ne pouvoir rouler sur leur quatrième voie toute jolie. Un petit poing rageur sort alors d'un véhicule, invectivant le vilain pas beau de cuir vêtu, qui ose ainsi lui refuser la priorité.
Pour le Hollandais qui aura terriblement péché durant l'année écoulée, la sentence ultime, le châtiment suprême consistera à tomber en panne en plein milieu d'un tunnel, préférentiellement sur la voie de gauche, créant à lui seul un incident d'ampleur régionale. Et le Hollandais reste obstinément caché dans sa voiture, en pleine circulation, refusant de faire mine d'ouvrir le capot - voire de tenter de résoudre le problème pour redémarrer vers sa sacro-sainte Playa.

Tout ce stress pour se transformer en saucisse rougeaude et boudinée dans un maillot de bain étriqué, qui a raccourci dans le placard cet hiver (n'accusez pas le Hollandais de s'empiffrer en cachette, il ne se nourrit que de harengs verts sur le port d'Amsterdam, voyons).

Ite, playa est.

lundi 6 juillet 2009

Oh, l'église est ouverte, et si on entrait?


Par un heureux hasard, l'église Saint-André, sise rue Royale à Lille, était ouverte ce samedi aux curieux. L'accueil était organisé par une équipe de drôles de dames, paroissiennes dévolues à la cause de leur édifice, et dont la connaissance des lieux est tout bonnement encyclopédique.
Tous les éléments architectoniques, architecturaux, décoratifs, historiques, pieux m'ont été racontés par la voix passionnante et passionnée d'une dame d'âge incertain, mais dont la ménopause était vraisemblablement déjà un vieux souvenir.
Parmi les nombreuses informations déversées en flot riche et ininterrompu dans mes oreilles attentives, quelques-unes m'ont davantage marquées, et se sont donc imprimées dans les méandres électriques de mes neurones.

En premier lieu, l'église était, à l'origine, une chapelle construite à la fin du XVIIIe pour l'usage des Carmes Déchaussés (couvent de religieux qui, comme leur nom l'indique, marchaient nus-pieds) et placée sous le patronage de Saint-André, dont la figuration du martyre (crucifixion sur la croix à branches égales - qui porte depuis son nom, sous le regard d'une statue de Zeus à laquelle il a refusé de faire sacrifice et offrande profanes). Le bâtiment a beaucoup souffert au moment de la Révolution, transformée en grange, débarrassée de certains de ses vitraux et ornements votifs les plus riches.
Des travaux de rénovation et de réhabilitation débutent dès la fin du XVIIIe et aboutissent à la création d'un ensemble architectural très homogène, en dépit de l'amalgame de styles différents qu'il regroupe: lambris de revêtement mural venant rompre la verticalité des bas-côtés, vitraux offerts par les grandes familles locales, plafond peint aux couleurs de la voûte céleste et orné de médaillons fleuris très riches, chapiteaux de colonnes corinthiens, et autres attributs rococo côtoyant allègrement des éléments plus classiques voire très dépouillés.

Le lieu y tire ainsi une sorte de vie autonome, le regard ne sait où se tourner, attiré par la voûte bleue parsemée de médaillons fleuris, le maître-autel très ornementé, et principalement la chaire de prêche, dominée par un abat-voix de facture assez grandiose: l'ange de la Vérité soulève, de toute la force de son corps, le voile de l'Erreur, dévoilant ainsi la chaire de prêche à proprement parler, ornée des vertus théologales (vertus de nature divine, complémentaire aux vertus cardinales, humaines): la Foi, la Charité et l'Espérance. Fascinant de réalisme (le petit ange a vraiment l'air de lutter très fort pour lever son lourd voile), marquant.
Pour clore un peu cette balade de curieux dans un lieu sacré, j'ai drôlement apprécié que les paroissiennes, en charge de la visite guidée de leur église, sachent ne pas tout rapporter à leur foi, et puissent proposer une approche culturelle et aisée de leur domaine.

Riches interactions, et j'ai aussi appris que -parmi d'autres- Charles de Gaulle avait été baptisé dans les fonts de cette église. Après près de dix ans passés à arpenter les rues et ruelles lilloises, je suis bien loin d'en connaître les moindres recoins, et cette idée n'est pas pour me déplaire.

L'attaque du meugnon

Après un excellent week-end passé en la compagnie de mon cher et tendre, il était temps de reprendre pied dans la vie quotidienne, et de venir s'épancher en livrant en pâture quelques bribes de mignonnitude.
L'Âge de Glace 3: le temps des dinosaures est un bien chouette film. Rien de particulièrement transcendant à signaler, les bestioles mignonnes ont vécu leur vie pleine de rebondissements et de chutes accompagnées de hurlements en cascades, à la nuance près que la projection 3D apporte, indubitablement, un charme fou à ce film d'animation. Une queue de T-Rex a frôlé le bout de mon nez et j'ai vécu, comme si j'y étais, une course de ptérodactyles, faisant fi de la gravité dans un décor de falaises escarpées laissant parfois place à des geysers de lave orange. Toujours autant de rires avec ce facétieux petit Scratt, totalement obnubilé par sa noisette. Toujours un savant dosage entre humour accessible aux enfants, le plus souvent à base de Proûûût Caca Badaboum paf, et de blagues destinées à un public plus adulte (Oh, c'est bien un bébé-fille-mammouth, ce que tu vois, c'est sa queue - Ouais, ok, classe, efficace). Une bonne machine bien efficace aux rouages bien huilés, qui sait où trouver et comment exploiter son succès. Cerise sur le gâteau, c'est l'occasion de se remémorer les principales espèces de dinosaures, et de replonger dans une enfance fortement marquée par un intérêt un peu trop dévorant pour les squelettes de bestioles décédées il y a des millions d'années.
Comme une envie soudaine et irrépressible d'aller déterrer du fossile carnassier, au soleil, sur un coin de terrasse.
Le mignon, c'est quand même bien. Et j'aimerai bien, s'il vous plaît, un mini T-Rex pour monter la garde sur ma terrasse, mais ça, c'est déjà une autre histoire.

jeudi 2 juillet 2009

Le vieil homme qui voyait des choses

Ou la problématique des hallucinations visuelles complexes, décrites de façon très précises par les patients, à l'instar de ce cher Monsieur N.

Un chouette vieil homme, cultivé, sensible, parfois très enjôleur et drôlement au fait des techniques de séduction - certes archaïques - que l'on trouve dans les romans courtois. Un brave homme, avec lequel il est possible de s'entretenir d'histoire, d'archéologie, d'histoire des religions, de galénique, de littérature, bref, de tout un monceau de thèmes variés, au travers de discussions qu'il enrichit et entretient avec une grande pertinence.
Un monsieur souffrant de démence neurodégénérative, une démence à corps de Lewy diffus pour être plus précis, et qui est désormais entré dans la phase symptomatique de la maladie, avec son florilège de déficiences somatiques et aussi d'hallucinations. Comment se comporter, comment réagir quand ce vieux, très vieux monsieur, me raconte en détail son insomnie de la veille, imputée à la présence d'intrus qui, je cite, s'étalaient, prenaient toute la place dans le lit, et faisaient gémir mon matelas à eau? Comment réajuster la communication quand, soudain, son regard se fige, et qu'il attire doucement mon attention sur l'escalator qu'ils sont en train d'installer à l'étage, oulà, regardez, le plafond ondule, j'ai peur qu'il ne s'effondre. Je, heu, oui, heu, non, je n'ai rien vu. Un voile de tristesse obscurcit son regard, il aurait tellement aimé que je voie aussi ces mouvements (attention! le lustre vacille! - ça y est, j'ai perdu le fil de ma pensée), il aimerait ne pas être le seul à voir des choses étranges, à pouvoir les décrire, les analyser, et à être tout à fait conscient que son cerveau atteint un tel stade de déliquescence qu'il en arrive à mélanger allègrement les sensations, se trompant dans leur interprétation.

L'interprétation (rationnelle, dans la plupart du temps) des sensations reçues par l'organisme, l'intégration des différents stimuli, ce sont des choses qu'une personne saine considérera comme normales, allant de soi. Quid des personnes qui, pour diverses raisons, se trouvent plongées dans un environnement en tout point similaire au nôtre, mais émaillé de détails bizarres? Les troubles hallucinatoires sont principalement connus du grand public comme relevant du domaine de la psychopathologie (délire hallucinatoire dans les schizophrénies, les psychoses hallucinatoires chroniques, le Delirium Tremens...) mais apparaissent aussi dans les démences du grand âge. Quand le patient est -encore- conscient de ses troubles, et capable de faire la part des choses entre réalité et interprétation erronnée, il se livre à des récits qui peuvent choquer les profanes, par assimilation avec le monde de la folie.
Le monde de la maladie mentale effraie encore beaucoup, d'autant plus (et ce n'est là qu'interprétation personnelle) que la plupart des patients sont totalement normaux, comme vous et moi, tout du moins extérieurement.

Pour reprendre les mots d'une campagne de sensibilisation aux troubles psychiques, datant de 2006/2007 si ma mémoire est bonne, Et si votre voisin voit autre chose que vous... Vous en avez peur?
Dingue comme la limite entre normalité et anormalité est ténue et fluctuante.

mercredi 1 juillet 2009

Jolis mots, sang rose fluo.

Ah quelle douce nuit d'été qui vient de s'écouler. Egayée, que dis-je, illuminée par un début de soirée aux saveurs très ambivalentes, aux contrastes savoureux.
Singe savant tabassé par deux clowns
est un chouette recueil de nouvelles, truffé de mots rares mais dont le sens est pleinement exploité et sied tout à fait à la phrase. Un peu comme un écrin enserre et met en valeur des bijoux, ou comme une huître câline et berce sa perle au chaud, je vous laisse le choix de la métaphore, et relance d'un "comme la pantoufle de vair aux pieds délicats de Cendrillon".
Hier soir, donc, lecture d'une nouvelle calme, majoritairement descriptive, tout en ayant en fond sonoro-visuel un film d'horreur (je ne l'y ai point trouvée) de seconde zone (voire à budget limé) avec un serpent en plastique géant qui avait le don de figer les gens grâce à son venin, et de les dévorer.
Un grand moment du cinéma, alliant éclaboussures de faux sang d'un rouge tirant davantage sur le rose fluo, effets spéciaux à couper le souffle (j'ai vraiment adoré les fausses décapitations où la tête tombe du corps quelques secondes après un impact franc, les décors en mousse de polyuréthane ou en caoutchouc), dialogues vraisemblablement nés sous la plume d'un auteur en manque de reconnaissance tout autant que d'imagination et de vocabulaire, tous les ingrédients étaient réunis pour obtenir un résultat savoureux, une trame à peine perceptible dès le début de l'intrigue. Intrigue, oui, c'est bien le mot que je choisis. Parce que, tant qu'à faire, j'ai eu envie de faire pipi au moment crucial où tout se dénoue, où le héros couvert de sang (toujours rose), affaibli, à l'article de la mort (il jouait d'ailleurs diablement bien le mec mourrant, son regard halluciné était totalement foiré), le moment où je disparais aux toilettes pour revenir et découvrir un héros propre, net, guéri, qui embrasse fougueusement la petite blonde. Oui, bien entendu, il y avait une petite blonde gentille, éperdument amoureuse (en secret bien sûr) du héros, et qui n'attendait que la fin du film pour se laisser masser les prothèses mammaires. Inutile de préciser que je n'ai rien compris au film, pour le coup, et que j'ai totalement oublié de consigner mes nouveaux mots dans mon petit carnet. Echec complet.
Ca m'apprendra à vouloir faire deux choses à la fois.
NDL: Jouer aux zombies en téléphonant, ça ne marche pas non plus.