lundi 6 juillet 2009

Oh, l'église est ouverte, et si on entrait?


Par un heureux hasard, l'église Saint-André, sise rue Royale à Lille, était ouverte ce samedi aux curieux. L'accueil était organisé par une équipe de drôles de dames, paroissiennes dévolues à la cause de leur édifice, et dont la connaissance des lieux est tout bonnement encyclopédique.
Tous les éléments architectoniques, architecturaux, décoratifs, historiques, pieux m'ont été racontés par la voix passionnante et passionnée d'une dame d'âge incertain, mais dont la ménopause était vraisemblablement déjà un vieux souvenir.
Parmi les nombreuses informations déversées en flot riche et ininterrompu dans mes oreilles attentives, quelques-unes m'ont davantage marquées, et se sont donc imprimées dans les méandres électriques de mes neurones.

En premier lieu, l'église était, à l'origine, une chapelle construite à la fin du XVIIIe pour l'usage des Carmes Déchaussés (couvent de religieux qui, comme leur nom l'indique, marchaient nus-pieds) et placée sous le patronage de Saint-André, dont la figuration du martyre (crucifixion sur la croix à branches égales - qui porte depuis son nom, sous le regard d'une statue de Zeus à laquelle il a refusé de faire sacrifice et offrande profanes). Le bâtiment a beaucoup souffert au moment de la Révolution, transformée en grange, débarrassée de certains de ses vitraux et ornements votifs les plus riches.
Des travaux de rénovation et de réhabilitation débutent dès la fin du XVIIIe et aboutissent à la création d'un ensemble architectural très homogène, en dépit de l'amalgame de styles différents qu'il regroupe: lambris de revêtement mural venant rompre la verticalité des bas-côtés, vitraux offerts par les grandes familles locales, plafond peint aux couleurs de la voûte céleste et orné de médaillons fleuris très riches, chapiteaux de colonnes corinthiens, et autres attributs rococo côtoyant allègrement des éléments plus classiques voire très dépouillés.

Le lieu y tire ainsi une sorte de vie autonome, le regard ne sait où se tourner, attiré par la voûte bleue parsemée de médaillons fleuris, le maître-autel très ornementé, et principalement la chaire de prêche, dominée par un abat-voix de facture assez grandiose: l'ange de la Vérité soulève, de toute la force de son corps, le voile de l'Erreur, dévoilant ainsi la chaire de prêche à proprement parler, ornée des vertus théologales (vertus de nature divine, complémentaire aux vertus cardinales, humaines): la Foi, la Charité et l'Espérance. Fascinant de réalisme (le petit ange a vraiment l'air de lutter très fort pour lever son lourd voile), marquant.
Pour clore un peu cette balade de curieux dans un lieu sacré, j'ai drôlement apprécié que les paroissiennes, en charge de la visite guidée de leur église, sachent ne pas tout rapporter à leur foi, et puissent proposer une approche culturelle et aisée de leur domaine.

Riches interactions, et j'ai aussi appris que -parmi d'autres- Charles de Gaulle avait été baptisé dans les fonts de cette église. Après près de dix ans passés à arpenter les rues et ruelles lilloises, je suis bien loin d'en connaître les moindres recoins, et cette idée n'est pas pour me déplaire.

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