samedi 22 août 2009

Run, run, run

Courir, toujours courir, derrière des idéaux totalement inaccessibles, un planning de ministre mais sans aucune aide, courir pour être à l'heure, courir pour faire les choses correctement.
Il est des soirs comme ce soir, des soirs où j'ai juste envie qu'on me laisse tranquille dans un coin, sans me solliciter pour me transmettre des informations dont je n'ai que faire, des soirs où je veux juste être moi, et juste moi.
Après bientôt un an sans coupure, sans vacances loin de tout avec celui auquel je pense tous les soirs avant de m'endormir, j'ai juste envie d'être méchante. De dire à tous ces patients que je porte à bouts de bras que
★ Oui, ça m'emmerde quand ils vomissent en ma présence (voire sur mes baskets) à 8 heures du matin,
★ Non, je ne suis pas matinale, et ce n'est pas par gaité de cœur que je suis joignable au bureau dès 7 heures 45,
★ non, je ne suis pas non plus du soir, et ce n'est pas usuel de me trouver au bout du fil passées 20 heures,
★ Non, je n'ai pas envie de prendre un rendez-vous dans trois mois pour leur pauvre petite fille chérie qui zozotte, ni même d'entendre ce qu'ils ont à me dire de si important au sujet de leur princesse chérie et adorée,
★ Non, ça ne sera pas moi qui assurerai les consultations au moment crucial de la rentrée scolaire, et que non, je ne serai pas joignable chez moi (chez moi! ils ont regardé dans l'annuaire! maudits soient-ils, vils gredins),
★ Non, je ne suis pas contente de m'être déplacée pour rien sur l'heure de ma pause déjeuner pour tenter de caser, tant bien que mal, Madame C dans mon agenda, cette fameuse Madame C qui m'a prise pour une assistante sociale mandatée par ses enfants et m'a virée de son taudis puant, avec pertes et fracas,
★ Oui, je suis contente des progrès de Paul, enfant déficient, qui connaît (enfin!) son prénom, ses couleurs, le prénom de son frère après trois ans de travail. Trois ans de don de soi, à faire progresser l'enfant, à aider la maman à déculpabiliser, le frère à arrêter de déféquer dans son slip (à bientôt 10 ans, faut pas s'étonner s'il est la risée de toute une école), le père de comparer ça à sa propre expérience en tant que frère porteur du HIV. Ah, c'est vrai, on dit pas "sida", ici, on dit "vous savez quoi".
On dit aussi "vous savez quoi" quand une mère avoue avoir trompé le père de son enfant, enfant qui dévisse plein de boulons simultanément dans sa petite tête et qui ne comprend toujours pas pourquoi maman dort chez tonton pendant que papa fait crier tata. "Vous savez quoi" pour les placements forcés en maison de retraite de vieux parents, devenus totalement inutiles, et incapables de signer un chèque lors de l'anniversaire de leurs enfants. "Vous savez quoi" pour le papa, décédé jeune dans un accident de moto avant de connaître son rejeton.
Et bien, vous savez quoi? J'en ai marre de jouer à Bob l'éponge avec vos soucis, je ne peux plus les contenir, ni même les entendre, j'ai parfois très envie de taper de toute la force de mes petits poings sur l'arête de votre nez délicat, je veux juste que vous partiez, que vous compreniez le fait que, oui, là, maintenant, je prends des vacances, que ça vous plaise ou non, je pars, loin de vous, loin de toutes ces contingences matérielles, et surtout sans vous, sans vos emmerdes qui prennent la place des miennes, sans vos histoires rocambolesques dont je me passerai volontiers.
Corinne (ma tutrice en dernière année, quand j'exerçais dans le joyeux monde de l'éveil de coma et de l'hôpital de jour service traumatisme crânien chez les jeunes adultes) me l'avait bien dit, pourtant. Elle m'avait glissé à l'oreille, au coin fumeur où plus de 90% des soignants se retrouvent pour vider leur sac (ou déblatérer sur leur chef, ou oublier le décès de Monsieur Truc ou de Madame Bidule), de prendre des vacances dès que je sens des signes de lassitude arriver. Lassitude qui se manifeste par bien des aspects différents. En premier lieu, la main magique qui, confrontée au miroir et à la laideur de la réalité, transforme un visage amer, usé par la fatigue et le stress, en une face gaie, presque pas fatiguée (j'ai trop fait la fête hier quand j'ai appris le mariage d'amis, excusez-moi Monsieur B), dotée d'une voix souriante et haut perchée (tu as entendu, tu vois, Alice, c'est bien Madame Fée). En second lieu, une forte propension à souffler, respirer, prendre davantage de pauses qu'à l'accoutumée pour ne pas dire à tous ces gens que, ô surprise, même la dame qui vient soigner pépé deux fois par semaine a *aussi* ses soucis, entre travaux qui ne semblent jamais vouloir prendre fin, et vacances qui semblent s'éloigner dès qu'on prononce leur nom en société.
Fini de me plaindre, fini de me lamenter, je risque bien de devenir comme *eux*, seul un franc et net ras-le-bol subsiste, plein la culotte de devoir les pousser à avancer alors que tout ce que je désire est m'arrêter. Après une année mouvementée, partagée entre un travail effectif débordant, un aspect émotionnel prégnant (je ne ferai pas le décompte des appels passés au fleuriste pour l'envoi d'une gerbe à un enterrement, mais ça dépasse largement la vingtaine), du bénévolat envers des stagiaires molles et inutiles, des projets avortés par manque de moyens, etc., j'accueille en mon sein les Vacances.
Vacances dans 11 jours, et, croyez-moi, elles seront salvatrices. J'attends avec une impatience non feinte ces trois semaines totalement dévolues au sommeil (il serait temps qu'il redevienne mon ami), à la lecture de littérature non relative à la neurologie ou à la dyscalculie, à la gestion du remplissage de mon frigo (et non à la quête désespérée d'arriérés de paiements datant de Mathusalem et ses fils), et à l'ennui. S'ennuyer, se faire chier comme un rat mort, passer du temps à ne rien faire mais à le faire bien, diable, j'en rêve. Voir le temps passer, pouvoir en jouer, savoir que ce temps est mien et que je peux le dilapider comme bon me semble, ça paraît presque utopique. Et pourtant, ça approche à grands pas. Au passage, que la personne qui a vu passer mon mois de Juillet et mon mois d'Août me contacte, j'ai bien peur qu'ils n'aient fait que de la figuration durant 5 infimes minutes avant de disparaître dans les limbes de l'oubli.
Vacances bientôt. Le prochain post sera moins aigre, orné de poneys dodus. Et de saucisses. J'ai hâte.

mercredi 5 août 2009

Insomnia

Saleté de mot, saleté de concept, saleté de truc de machin tout court.
Depuis que je ne dors plus, depuis que je ne sais plus ce que signifie une bonne nuit, voire une nuit complète durant plus de quatre heures consécutives, je hais la notion d'insomnie. Il n'y a rien de franchement folichon à être tiré de son lit sur le coup de quatre heures, à aller faire un petit tour anecdotique aux ouatères histoire de trouver une cause à cette fâcheuse tendance à rester éveillée. Rien de glorieux à se targuer de pouvoir être opérationnelle, lavée douchée petit-déjeunée dès cinq heures, alors que le soleil lui-même hésite encore à pointer le bout de son rayon. Rien en dehors d'un énorme doute, d'une seule question qui parasite le reste des activités: Mais pourquoi je ne dors pas? Pourquoi?
Une consultation récente auprès d'un médecin spécialisé dans les troubles du sommeil m'aura appris que mes insctincts primitifs (on pourra aussi employer le qualificatif bestiaux mais je le trouve largement moins classe) étaient perpétuellement en éveil.
Mes yeux en premier lieu, guettant sans répit l'heure, calculant sans relâche le nombre d'heures déjà "dormies", celles qui me restent à tenter de consumer dans un sommeil réparateur, le temps que je passe à effectuer ces foutus calculs arithmétiques en pleine nuit. Un seul leitmotiv, un unique mot d'ordre, dormir. A moi les longues minutes qui s'égrainent presque sans fin, à me dire maintenant je dors et à désespérer de constater que je suis toujours éveillée, dans une tentative d'auto-hypnose aussi chronophage qu'inutile.
Mes oreilles ensuite, toujours à l'affût du moindre bruit pouvant troubler la quiétude de la nuit (la nuit? c'est quoi, ça?).
Mon nez enfin, si si, mon petit nez truffé de tâches de rousseur serait en effet l'un des acteurs principaux du terrible drame qui se noue chaque nuit dans le secret de ma chambre. Mon nez, toujours en alerte, flairant l'obscurité à la recherche de traces olfactives d'un éventuel prédateur rôdant dans les parages (j'ai toujours reconnu avoir peur des félins, tigres et panthères en première instance, mais de là à devenir paranoïaque tendance psychotique option intérieur cuir parce qu'un chat entre dans ma chambre, il y a des limites au raisonnable, mon bon monsieur), disais-je donc, ce nez qui cherche, farfouille, malaxe les effluves et leurs moindres particules significatives afin de mettre en branle un système élaboré de défense.
Des réactions totalement sous la dépendance de ce bidule qu'on dénomme désormais système limbique, résurgence anatomique de l'époque où nous n'étions que de pauvres petits singes, effrayés par le léopard qui erre là-bas dans les fourrés, ou l'ours frigorifié qui ne demande qu'à s'approprier notre grotte qui dispose du chauffage central. Des réactions qui ouvrent la porte à d'autres perceptions, la réalité est sacrément différente si on ne totalise qu'une poignée d'heures de sommeil hebdomadaires, le reste du temps étant partagé entre de longues heures au travail, et de longues heures à observer un chat miteux capturer les insectes attirés par la lumière de ma lampe de bureau. Jusqu'à ces jours récents, je ne savais pas receler en moi tant de patience mêlée à tant de colère, j'avoue avoir commencé à m'inquiéter quand je devais souffler, respirer, avant de répondre à un patient autrement que par un crochet du droit en pleine mâchoire (accompagné, éventuellement, d'un flot d'insultes variées et relatives aux mœurs sexuelles des animaux), quand je me suis rendue compte que mes réflexes étaient émoussés au point de ne plus réaliser correctement les tâches automatiques du quotidien comme faire la vaisselle (en baignoire, milieu hostile certes), ou rester au téléphone plus de deux minutes, après le cap fatidique des 20 heures. Non contente de rimer avec l'heure du journal télévisé, cette heure évoque pour moi le commencement de la fin. Le moment où mes yeux me brûlent, le moment où je n'ai qu'une envie (dormir), le moment où je ne pense qu'à une chose (dormir), le moment où je refuse de dormir, ma notion sociale du temps réfutant totalement le fait d'aller se coucher à 20 heures, avec les poules et les paysans du XIVème, usés par leur travail aux champs. Le moment où je commence à songer à une heure idoine où rejoindre ma couche, le moment où les soucis du jour refont surface, le moment où je tente de décrypter ces soucis, le moment où j'oublie de les oublier.
Raccourci honteux, je clôturerai ce post étrange en signalant que j'ai eu une belle ordonnance (certes symbolique) de vacances, et que j'en ai ri aux larmes en contemplant mon agenda.
Dormirai-je cette nuit, ou resterai-je éveillée, songeant aux diverses modalités de travailler la couleur chez l'enfant souffrant d'un retard conséquent de langage (mon dada du moment)? Je ne le sais, je ne veux pas le savoir, j'aimerai tellement n'en avoir rien à faire, et juste dormir, poings fermés, en ronflant, bavant, criant, parlant, tout ce flot d'inactivités spontanées qui accompagnent le sommeil réparateur.
/tourette BORDEL DE MERDE DE PUTE NAINE PHOQUE CHAUVE CONDUCTEUR DE CAR DE TOURISME CROTTE DE BIQUE PLAFOND PONEY BOUGIE GRAVIER