dimanche 6 décembre 2009

Halte aux jeux de mots douteux

Crotte de bique et fiente d'archéoptéryx, je commence à être plus que lassée par les jeux de mots un peu douteux voire totalement foireux qui prennent un malin plaisir à polluer notre environnement, tant sonore que visuel.

Je ne m'étendrai pas outre mesure sur les noms choisis par les tenanciers de salons de coiffure qui ont réussir à exploiter jusqu'à la corde toutes les possibilités en terme de
★ Hair: Nouvel Hair, Imagine Hair, le splendide Lib'Hair'Té (même pas situé à proximité du boulevard de la Liberté, un comble), Hair du Temps, et j'en passe,
★ Tiffs: Créa'tiffs, Diminutiffs, L'ïle aux Tiffs (Ah ah quel subtil hommage à Lille et aux cheveux, j'ai presque envie d'y aller pour contempler à loisir le visage possiblement rieur et enjoué d'un tel humoriste).
Je ne vous ferai pas l'outrage de déballer la triste gamme des Coiff'heure et autres Coup', eux aussi victimes de pauvres hères voulant se démarquer du lot de leurs congénères. Pitié, que quelqu'un leur explique que ça fait au bas mot une poignée de lustres que ça n'est pas drôle, et que ce concours un peu étrange pour trouver le pire nom à graver sur une enseigne devrait, un jour et pour le bien de tous, toucher à sa fin.

Force est de constater que d'autres échoppes ne sortent pas indemnes de cette course à l'humour d'enseigne, il suffit de lever un peu le nez et de se laisser aller à lire La Mie Dorée chez un boulanger, L'Île aux Fleurs chez un fleuriste (au passage, les blagues avec Lille, ça suffit aussi), c'est Lomme que j'aime pour un obscur centre commercial de la banlieue lilloise. Les exemples pullulent, malheureusement.

Quelle ne fut ma déception en découvrant des jeux de mots dignes d'un scribouillard Carambar bourré, dans un ouvrage que j'ai le malheur de lire en ce moment-même, tout en pleurant des larmes de sang.
Sous couvert de Décapant, corrosif, sans concession ... mais délirant, l'auteur nous brosse un tableau au vitriol des "bourges", ces pontes de l'industrie, de l'entreprise, de la publicité et du show-bizz, aux défauts si subtilement mis en relief (aucune description caricaturale, bien entendu, ça serait si grossier).
J'avoue avoir été traumatisée par l'emploi de points d'exclamation hystériques (par grappes de trois, ils concluent des phrases - je précise qu'il ne s'agit vraisemblablement pas d'un essai de style dans la mesure où ils ne ponctuent pas les phrases des principaux protagonistes, mais bel et bien les avis péremptoires et non dissimulés de l'auteur). Je note par ailleurs de tenter d'inclure le plus possible de signes de ponctuation dans un texte, histoire de voir quel plaisir peut procurer l'appui délibéré et répétitif sur une pauvre petite touche innocente.

Mais, ces fantaisies typographiques ne sont que broutilles, face aux tentatives d'humour que j'y ai découvertes, et que je ne peux m'empêcher de vous transcrire pour le plaisir de vos pupilles:
★ Au sujet d'un évêque possiblement gay (personnage original et non conventionnel, une innovation dans le genre): il était tombé sur le culte, en italique dans le texte mes enfants.
★ A propos d'une dame faisant régime pour séduire les GO du Club Med: la check-list du "plan de viol" (en italique et entre guillemets, s'il vous plaît) ,
★ De retour de vacances, un joli Paris bruine-t-il  accompagné d'une parenthèse révélatrice: Que l'on me pardonne ce jeu de mots douteux mais la tentation était trop forte. C'est étrange, il s'excuse pour celui-ci, alors que je le trouvais de largement meilleure qualité que tous les autres. Étrange.
★ Au sujet, cette fois, d'un pauvre belge: S'il a la frite, nous on n'aura pas la patate. Toujours visant cette innocente victime: "le mannequin de pisse".
★ Vous en reprendrez bien un petit dernier pour la route, visant une fois de plus ce pauvre belge (l'auteur a vraisemblablement dû être traumatisé par une personne de sexe belge, pour déverser tant de bile et vouloir à ce point revisiter les standards des blagues sur les belges): C'est normal un belge qui spécule tombe toujours sur un os!!! (Ce jeu de mots c'était du gâteau).


Je vous laisse savourer ces grands moments de talent littéraire à l'état brut. Sachez que les 175 pages du roman recèlent encore bien d'autres trésors de verbiage inconsistant.
J'ai souffert.
[PS. J'allume à l'instant la télévision pour accueillir dans mes petites oreilles piercées un splendide Toubib or not toubib de la part de Dechavanne. Aïe.Je veux fabriquer plein de poh avec mes petites mains et pouvoir les jeter à la face joviale de ces gens qui sont tous des vilains méchants.]