mercredi 18 août 2010

Vieux rêves de gosse

Aujourd'hui, soirée un peu ensoleillée sur mon bout de terrasse, je me surprends à rêvasser et à songer à tout ce que j'aimerais encore réaliser pendant ma vie, laquelle n'est pas un long fleuve tranquille - tout du moins pour le moment-
Un peu comme les envies de fraises chez la femme enceinte, je me retrouve la tête pleine de projets, que je berce très fort en mon sein comme autant de portes de sortie et d'échappatoires à un quotidien un tantinet morose. Non, non, aucune déprime à peine voilée, juste un constat amer qu'une fois de plus, l'été ici est tout pourri, et ne laisse guère de chances aux lectures de romans policiers, accompagnés de cafés et cupcakes, dans l'ombre bienveillante de ma jolie terrasse.
Pour commencer, j'ai envie de voyages, voyages exotiques, voyages dans des pays où l'on a la tête en bas et où l'eau s'écoule dans la bonde du lavabo dans un sens opposé à celui que j'ai le loisir de constater chaque soir lors de mes corvées de vaisselle. Envie de jungle peuplée de mygales et autres jaguars , envie de temples pyramidaux encore couverts de lianes et où les grands prêtres avaient coutume, dit-on, d'arracher le cœur des volontaires. Envie de steppes vides et arides battues par le vent où l'on découvre, ponctuellement, des yourtes isolées. Envie de baleines dans l'océan arctique, envie de glaciers bleus luminescents, envie d'aller voir les tortues des Galapagos si chères à Charles, envie d'une bonne tranche de foie de phoque au barbecue tout en lançant des fusées de détresse pour éloigner un ours polaire un tantinet trop gourmand. Envie de volcans comme les mignons modèles que l'on trouve du côté du Kamtchatka, ou de Dalol. Envie d'en prendre plein les mirettes sur la grande barrière de corail, envie de jouer à me faire peur en apercevant l'aileron d'un grand blanc. Envie de douceurs sucrées et de plats épicés lors d'un long périple au travers de l'Europe de l'Est, jusqu'à mes racines, Zalas, Krakow et autres bleds polonais aux noms guillerets, avant d'entamer une retraite spirituelle dans un coin paumé entre l'Ukraine et le Polak-Land, à contempler les élans en me goinfrant de saucisses. Envie de longues plages de sable bordées de dunes, et jonchées d'épaves de pauvres navigateurs probablement décédés dans d'atroces souffrances à l'heure qu'il est. Envie de parcourir, mollement, le Qhapaq Nan, à une allure digne d'un escargot agonisant, pour tenter d'apercevoir un condor survolant le Machu Picchu, et ptêt même Esteban et Zia si je suis vernie. Envie d'aller dans l'Alberta prêter main forte aux paléontologues, et, pourquoi pas, découvrir une espèce jusqu'alors inconnue de bestiole dentée et griffue, passablement méchante. Envie de voir le dôme de Santa Maria dei Fiore. Envie de pêche au saumon dans les alentours de Vancouver, en partageant -cela va de soi- avec les grizzlis autochtones. Envie d'escapades nordiques sur les traces de Fjordur, William le noir, et des autres trappeurs groenlandais à moitié paumés sur l'inlandsis. Envie de moules frites en bord de mer, en regardant les gens s'agiter tels des fourmis sous coke en manque de miel. Envie de retrouver mon banc autrichien, si judicieusement posé au somment d'une colline en un endroit difficilement accessible par le commun des mortels. Envie de contempler, pour de vrai, l'église de Cervatos, ou le temple du soleil de Konarak. Envie d'otaries à fourrure au Cap, et de koatis au Guatemala.
Bref, une cohorte de désirs encore inassouvis, et qui pourtant parviennent à me tenir en haleine. Pour ce soir, je crois que je me contenterai d'un roman policier, avachie dans mon canapé, bien au chaud sous ma couette.
Ah, et puis si ça continue comme ça, je plaque tout et je m'achète un chalet en montagne, avec l'option "pas de voisin à moins de 20km", et éventuellement une bonne connexion internet.

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