jeudi 24 mars 2011

Viens chez moi, j'ai une super cafetière.

Parce que boire du bon café, parfois, c'est capital.
Parce qu'accueillir les potes, soit en détresse, soit euphoriques, avec un café, ça le fait.
Parce que dire "non je peux pas je bois mon café", ça reste la meilleure excuse du monde.
Parce qu'appuyer sur un bête bouton pour se voir délivrer sa drogue instantanément, c'est la classe.
Parce que sans ma cafetière, je pense que je ne serai pas plus valide qu'une serpillière usagée, le matin, à 5h45.
Parce qu'autour d'une cafetière, on peut aborder les emmerdes de tout le monde, et les résoudre (ceci est valable aussi avec une pompe à bières).
Parce que le café, c'est la vie, et aussi l'ulcère, et toute une flopée de machins, et de trucs aussi.
Désormais, ma cafetière (enfin, mes cafetières, devrais-je dire, pour davantage de franchise) sont devenues comme une extension de mon propre corps. Parce que, quand je bois mon café en terrasse, qu'il pleuve, vente ou neige, à part boire un café, je ne fais rien. Et ça, c'est un premier pas vers la rédemption.
Moralité? Faites comme moi, aimez le café. Fort. Plein. Vite.

samedi 19 mars 2011

De l'orthophonisme

Quand j'étais petite, j'avais envie d'être archéologue version Indiana Jones, mais qui démoule des momies au Pérou et finit par les autopsier. Après, environnement familial oblige, j'ai eu envie d'être la première nana pilote de F1, et de foutre des branlées mémorables à des mecs comme Nigel Mansel, Ayrton Senna ou Damon Hill (rien que ça), et comme je suis tombée en pâmoison devant Mika Häkkinen, je me suis promis de jamais lui coller la honte devant ses potes. Alors j'ai changé de plan, j'ai eu envie de devenir médecin légiste, spécialisé en anatomo-pathologie du cerveau.
Et là où le hasard est plutôt drôlement rigolo, c'est qu'au final, je ne suis rien de tout ça. J'ai beau faire l'andouille en Batmobile (et encore, c'était pire quand j'avais mon cher et tendre Fazou), mettre des pâtées à des blaireaux en Clio, bouquiner tout ce que je peux sur l'archéologie précolombienne, et faire de la rééducation neuropsychologique, je reste tout de même bien éloignée de mes projets d'enfance.
Et pour cause, depuis presque bientôt sept ans, je suis tofonisse. Enfin, orthophoniste. Je suis celle à qui on demande régulièrement si elle a fait un DEUG en deux ans pour les pieds, celle à qui l'on demande des conseils de grammaire et de conjugaison, celle qui en a marre qu'on l'assimile à une gentille-dadame-en-tailleur-qui-apprend-aux-enfants à bien causer.
Parce que bon, là, il faut dire un peu de quoi il en retourne. L'orthophonisme, spa juste une histoire de marmots qui zozottent, loin s'en faut. C'est aussi une longue histoire d'accompagnement de fin de vie de patients qui ne savent plus rien faire. D'arrivées, en ascenseur protégé par un code secret et dont le sas est fermé à clé, en service de psychiatrie rubrique mecs dangereux pour eux et aussi et surtout pour les autres. De grands moments de fun à apprendre à un travesti à placer sa voix correctement (avec échange de tips de vernis à ongles, tant qu'à faire). Ce sont aussi des enfants et adolescents différents, qui portent leur différence en étendard (clin d'œil appuyé à Valentine, Antoine et Nicolas). Ce sont aussi des vacations hospitalières en éveil de coma, pour réapprendre à des gens d'une quarantaine d'années à respirer, manger, parler, suite à de traumas graves. Des moments moins drôles et moins glorieux d'intervention de déglutition et alimentation auprès de petits bouts riquiquis d'à peine quelques jours. C'est aussi tout ça, et j'aimerai que des gens ne l'oublient pas, j'y viendrai après, pour le moment je vais faire un étal un peu indécent de bons souvenirs au travail, comme quoi tout est possible. 
Quand le petit Quentin arrivait en trombe le vendredi matin à 7h45 pour s'accrocher à mes jambes et ne plus me lâcher jusqu'à 12h30. Quand Madame V, à la sortie de son hospitalisation, m'a ramené une énorme boîte de loukoums, je cite parce que vous m'avez appris à le redire, je vous en dois au moins une boîte. Quand Monsieur C a commencé à aller moins bien, et même si ça a pas été super marrant tous les jours pendant trois mois d'aller le voir à douze heures pétantes pour lui donner sa panade, quel plaisir de l'entendre m'insulter en riant parce que j'étais encore fringuée en rose bonbon. Quand Madame B, privée de bouffe, m'a écrit un merci laconique sur un post-it, après une séance consacrée à une dégustation en règles d'un peu de sauce à la moutarde. La fameuse sauce qu'elle aimait tant, mais dont elle était privée à cause de sa maladie, et dont sa famille continuait à se gaver en sa présence. Quand G, 17 ans, m'a dit Quand je serai vieux, je trouverai une meuf comme toi, tu rends l'orthographe drôle, et on peut dire du mal de Bear Grylls, et les t-shirts avec des monstres, et bah c'est cool. Quand A, 13 ans, que j'avais menacé d'arrêter la rééducation s'il continuait de me regarder avec un air bovin, m'a sorti un fulgurant Non, moi je veux venir, on fait tout sauf du français et maintenant j'arrive à insulter les potes sur CSS. Quand A, une autre A, est venue en rampant s'asseoir sur mes genoux pour que je lui donne son repas, ça aussi, ça m'a fait du bien dans mon coeur de pierre. Aussi quand Madame D, aussi connue sous le charmant pseudonyme de Tatie Danièle, m'a gratifiée d'un Je vous aime, mon petit lapin un mardi, très tôt. Bref, cessons cet étalage de bonnes anecdotes, l'objectif de ce post n'était pas là. Hum, voyons voir, où en étais-je.
Alors ouais. Là je suis un peu pas très contente. Certes, j'exerce ce métier par un total hasard, et me prépare à le quitter (Temporairement ou définitivement? Qui sait?), mais ce n'est pas pour autant que je supporte qu'il soit dénigré. Quand je lis que d'autres tofonisses, sur le vaste monde de l'internet, monnayent leurs conseils contre cinq euros, ça me donne envie de leur exploser la tête. On fait tous ça, on aide tous les gens dans leurs démarches, emmerdes et autres projets, sans pour autant se poser la question d'une rémunération potentielle. Alors cinq euros pour une réponse garantie en vingt-quatre à quarante-huit heures, arf. Pourquoi ne pas proposer de la rééducation par webcam? Ah, zut, on me souffle à l'oreille que ça a déjà été fait. Entre autres par une professeur de mathématiques, sûre de son fait, persuadée d'être dans son bon droit, qui propose des bilans logico-mathématiques suivis de séances de rééducation (pouvant ou non être accompagnées de séances chez un orthophoniste, nous dit-elle), à des tarifs trois fois supérieurs aux nôtres, et non remboursés, ça aussi, ça m'agace un peu. Pour en avoir bavé pendant près de cinq ans, pour être sûre que je suis loin de pouvoir m'asseoir comme compétente en ce domaine, je me demande bien d'où cette dame tire son savoir. J'ai bien envie de sortir ma carte joker syndrome MGEN et puis point. En tant que tofonisses, on n'est pas là que pour aider les enfants dans leur scolarité, même si effectivement on le fait quand on adapte la scolarité à un enfant dyslexique-dysorthographique (DLDO dans le jargon, sachez-le). Donc, comme on prend en charge des enfants DLDO pour travailler plein de choses avec eux, forcément on s'approche dangereusement de la frontière avec l'éducation - et donc l'enseignement. Récemment, est parvenu à mes binocles un article d'un quotidien renommé, qui constatait que les orthophonistes sont de plus en plus acteurs du soutien scolaire et autre les orthophonistes deviennent alors une sorte de “soutien scolaire déguisé car, pour la plupart des “patients”, les méthodes qu’ils emploient ne sont pas si différentes de celles des enseignants et les séances chez l’orthophoniste ressemblent à des cours particuliers: ils font lire les enfants. (oui, les guillemets sont foireux, non, ce n'est pas de ma faute, le journaliste devait être saoul, mpffrfffr). Donc, si j'ai bien compris, aider un ado à piger sa langue maternelle, lui faire lire du danois pour entraîner certaines compétences, tout en créant des univers de plus de cinq cents monstres avec lesquels on part visiter le zoo, c'est faire du scolaire, et même du soutien scolaire. Ah, bon. Excusez ma naïveté, je n'étais pas au courant.
Bref, longue histoire courte, même si c'est un métier que je m'apprête à quitter, je suis tout de même navrée de l'image qu'il a dans la société actuelle. Ersatz de professeurs, rééducateurs au rabais, assoiffés de pognon (là c'est la sécu qui le dit), en majorité des femmes d'hommes riches exerçant cette profession pour se faire de l'argent de poche, et autres réjouissances que je ne transcrirai pas ici tant elles m'arrachent la peau des doigts. C'est dommage, vraiment. J'aurais aimé que ça se passe autrement, j'aurais aimé que mes huit ans dans mon petit cabinet que j'ai fabriqué toute seule se closent autrement que dans un constat, à la fois amer et réjoui, à base de et merde, ça va couler, et je ne serai pas là pour y assister
Donc un grand merci. Merci à toutes les personnes qui comptent le temps de trajet dans leurs déplacements à domicile. Merci à celles et ceux qui se déplacent dans des écoles y faire leurs séances. Merci aux gens qui chronomètrent méticuleusement leur temps de présence pour être sûrs de ne pas en faire trop, et d'être rentables. Merci à tous ceux qui pensent échanger leur pitoyable minable petit savoir contre des espèces sonnantes et trébuchantes.  Merci à tous ceux qui pensent tout savoir mieux que quiconque, et ouvrent leur gamelle à tort et à travers. Merci à celle qui m'avait accusée de concurrence déloyale parce que je passais trop de temps avec mes patients, et que je dis toujours bonjour aux gens que je croise dans les couloirs. Merci à tous ceux qui scient la branche sur laquelle ce métier tient en équilibre instable, merci à ceux qui facturent des séances non réalisées, à ceux qui restent vingt minutes avec des cas neurologiques, merci à ceux qui se déchirent pour avoir un monopole sur tel ou tel secteur de soins, pots de vin à l'appui. Merci à vous, tous, parce que, au moment où je me prépare à quitter ce métier, j'éprouve désormais une grande tristesse pour les générations de tonofisses futurs, ceux qui croient encore à leur choix professionnel, et qui vont ramasser les fruits des emmerdes que vous avez semées.
Merci, oui.

vendredi 4 mars 2011

Et bah en fait, non.

Oulà j'ai pas tenu bien longtemps sans revenir ici épancher mes idées délirantes et autres motifs de ronchonnerie désormais coutumiers. Force est de constater qu'au final, l'attention-whore qui sommeille en moi adore radoter ici-même.
Me voilà donc de retour, un peu bronzée, très caféinée, et prête à vous exposer mes théories rutilantes sur plein de sujets, notamment
- Le ciel bleu, ça donne plutôt envie de saucisses ou de compote, 
- Comment le sexe m'a rendue totalement stupide, 
- Ce que je pense du plan B et de l'impulsion pour se laisser aller à la volupté, 
- Pourquoi porter une robe léopard à Carrefour un vendredi soir peut s'avérer très périlleux.
Faudra aussi que je songe à vous raconter mes vacances (et parler un peu des gens qui s'appellent Claude, je crois que je les aime pas trop bien dans mon cœur), à vous donner quelques nouvelles de Canard et Lapin (qui pètent la forme et continuent les transmissions salivaires et inspections en règle des amygdales de l'autre), à sonder l'inénarrable vacuité de mon être, ô combien futile et superficiel. De superbes aventures en perspective, riches en rebondissements totalement hasardeux, fourrées de saucisses, peintes en rose, ornées d'imprimés bestiaux et parsemées de quelques bouquins bizarres. Et des trouvailles perpétuelles dans mon dressing - oui, c'est bien à moi, cette magnifique robe vert fluo entièrement lacée, et ces ticheurtes de paillettes, et aussi le gros tas d'escarpins roses très brillants.
Ça en fait, du fnu, hein les copains?
Bisous sur vos fesses lisses - et que le grand Houdini me lègue son pouvoir de faire rouler mes yeux dans les orbites et de marabouter ta femme, toi là-bas.