mercredi 18 janvier 2012

De l'égalité des chances.

Rhâ me voilà bien marrie et légèrement énervée au vu des circonstances.
Pauvre de moi, quelle idée présomptueuse ai-je eu là, de souhaiter reprendre des études à un âge canonique! La trentaine a sonné le glas des possibilités de formations et de reprises d'études, selon toute vraisemblance.
Après avoir dû montrer pattes blanches (les quatre, même celle du fond) pour avoir l'immense privilège de m'inscrire en faculté de médecine, me voilà coincée entre mon métier (il faut bien manger) et mes études (un concours assez sélectif, pour employer un euphémisme).
Détaillons un peu les pièces justificatives que j'ai dû joindre à mon petit dossier d'inscription en faculté: 
- Bulletins de classe de première et de terminale, 
- Copies et originaux de tous les diplômes obtenus,
- Justification de chaque année d'interruption d'études, feuilles de salaire à l'appui (le gros malin qui a pondu ce formulaire a oublié la masse insignifiante des travailleurs non salariés et autres libéraux),
- Démarches entreprises au titre de la formation personnelle, diplômante ou non, ainsi que de l'auto-formation (devinez qui s'est tapé la liste de tous les livres lus sur un thème médical/scientifique? Oh que ces moments furent emprunts d'allégresse et de drôlerie), 
- Justificatif d'emploi pour l'année scolaire, afin de ne pas payer deux fois les frais de sécurité sociale, 
- Et, pour le 5 mars, joli petit papier attestant que je suis à jour de mes vaccinations (IDR*, DTP, VHB, sans compter méningocoque vivement recommandé, grippe vivement recommandée et VHA vivement recommandée aussi.)
Sachant que, même en présentant de jolis dossiers, certains candidats se sont vus refuser l'accès à la sacro-sainte Première Année Commune aux Études de Santé. Mon binôme (François pour ceux que j'ai déjà saoulés avec ce prénom) a failli se faire jeter, au motif qu'il est vieux (39 printemps) et qu'il risque de piquer la place d'un jeune étudiant motivé. Égalité des chances? Où ça dites? Fort heureusement, une dame influente œuvra dans l'ombre, afin de lui procurer le fameux sésame qui autorise à sacrifier sa vie, son estime de soi, son temps, son chéri, sa famille, ses amis et sa santé, au bénéfice d'un concours abscons. Bref.
Petit souci épineux récemment, je suis toujours liée corps et âme à mon si cher petit cabinet d'orthophonie (règle numéro deux, ne plus jamais s'installer en libéral, jamais. Tst. Jamais), qui me crée plein de soucis. Pour des raisons évidentes de gestion de temps, je m'affairai à envoyer de belles lettres de motivation aux responsables de la scolarité de cette fameuse PACES, arguant du fait que gérer de front vie professionnelle et vie estudiantine n'était certes pas une exception, mais que juste un petit aménagement d'emploi du temps pendant quatre semaines pouvait m'être salvateur. Non. Oh, non, je n'y ai pas droit, et n'y aurai pas droit, au motif de l'égalité des chances. Une fois de plus, quelle égalité
Et inutile de suggérer assister aux cours à des horaires différents de ceux qui me sont imposés, notre si chère faculté s'est désormais équipée de caméras de vidéo surveillance, et de gorilles en smoking qui vérifient nos identités à l'entrée, comme si la PACES était une soirée de luxe chez je-ne-sais-qui du gratin.
Je veux bien jouer à ça, respecter leurs règles et m'y plier, aucun problème :) Simplement, qu'on ne vienne pas me dire qu'il s'agit de proposer une égalité des chances à chaque candidat, tout un chacun ici sait à quel point c'est faux. Discriminer des étudiants au vu de leur âge, et de leur métier, ça me paraît un peu louche, et pas du tout en adéquation avec une quelconque égalité. 
Là où d'aucuns s'évertuent à distinguer égalité d'équité, là où d'autres s'ouvrent aux nouvelles technologies (faculté de médecine de Grenoble: tous les cours sont fournis sur support de DVD-Rom aux étudiants lors de la rentrée, et disponibles sur internet, le présentiel n'étant plus obligatoire), la faculté de Lille réussit une prouesse encore jamais égalée: discriminer sur l'argent, la situation familiale, l'âge. Avec des critères aussi stupides qu'antédiluviens pour sélectionner leurs futurs petits moutons (caméras de vidéo surveillance pour vérifier si nous sommes bien assis aux places qui nous sont attribuées, attention, interdiction d'y déroger, même si le strapontin est cassé, il faut s'y asseoir et souffrir du séant, contrôles surprise de présence aux enseignements magistraux avec pénalisation en cas d'absences), une absence totale de prise en compte de la dimension humaine, j'ai bien envie de rire quand on entend les grand chefs parler entre eux de leurs étudiants attirés par leur pognon, inhumains et incapables de sourire. Vous les avez choisis, vous les avez modelés ainsi? Assumez-les, et faites pas chier.

Ce message était sponsorisé par l'ulcère et la fatigue, ainsi que par une forme nette d'aigreur à l'encontre de tels pachydermes écrasant tout et tous sur leur passage. De quoi couper toute envie d'y continuer.

*IDR = intradermoréaction (le fameux BCG qui gratte), DTP = diphtérie tétanos poliomyélite, VHB: virus de l'hépatite B (avec dosage sérique des taux d'anticorps antihépatite B), VHA: virus de l'hépatite A.