samedi 30 juin 2012

De l'orthophonisme - soupe à la grimace avec de vrais morceaux d'aigreur à l'intérieur

Comme quoi, entre l'orthophonie et mon nombril, il semblerait que cette histoire d'amour et de haine ne soit jamais réellement terminée. Une fois n'est pas coutume, je vais baver ma rancœur ici-même, et me laisser tenter par de la délation, en prenant bien évidemment le soin de modifier le nom des protagonistes, il en va de soi.
Ah, l'orthophonie, ah, les joies du libéral. Je ne m'étalerai pas davantage sur ce que je peux avoir à reprocher à la plupart de mes consœurs, je ne polémiquerai pas non plus sur les dernières fantaisies syndicales (ni sur un syndicat qui tente de faire entendre sa voix comme étant unique, la seule valide, et par essence même incontestable), je ne m'attarderai pas sur des revendications de Master II étayées uniquement par un "Parce qu'on le vaux bien, wesh gros, matiendes?" (Le langage retrouvé dans certains tracts/articles/publications sur les réseaux sociaux est franchement du même tonneau que la poésie de DJ Soké ou même de Seth Gueko, pour les amateurs du genre). 
Non, aujourd'hui, j'ai envie de parler de mes ♥ associés ♥. Mes si chers associés, que j'ai apprécié travailler huit années durant à vos côtés. Pour commencer, petit organigramme histoire de comprendre les tenants et aboutissants de cette histoire à la Dallas. Oh, et puis non, même pas, je vais me contenter d'un laconique On est cinq, deux gentils et deux vilains. Quelle belle intro à la Bisounours, tout de même.
J'ai l'heur d'être associée à un kiné dont le sens de la morale et du respect laisse, à mon humble avis, fortement à désirer. Quelques exemples parmi ses derniers hauts faits. Euro (de football, suivez un peu, dediou) oblige, il annule donc des consultations - et n'hésite pas à rappeler ses patients si un match vient à être annulé pour cause de climat ukrainien farceur. Comme chacun le sait, certains actes de kiné sont sous-évalués, ce qui contraint certains praticiens à pratiquer du dépassement d'honoraires, à beaucoup travailler - ou à prendre 5 patients par demi-heure. Le souci d'une telle pratique, outre les 80 patients quotidiens auxquels il faut sourire (ce qui n'a même pas l'air d'affoler notre mère nourricière, j'ai nommé la sécu), c'est qu'elle nécessite une bonne dose d'organisation, et surtout une bonne mémoire - et mon cher Jean-Patrick a déjà oublié des patients, en slip, dans un box, alors qu'il avait pris la fuite pour rejoindre domicile, bières et éphèbes en short poursuivant un ballon rond. Je ne m'étendrai pas sur sa vie privée, selon toute vraisemblance un peu triste, qui le contraint à recruter ses partenaires parmi ses patientes. 
Ce Dom Juan est resté très proche et très complice avec son ex petite amie, qui n'est autre que ma collègue Fougère (je me suis creusé la tête au moins trois minutes pour trouver un prénom qui lui convienne, à la fois désuet et ridicule, et au final elle ne m'inspire que de la plante verte). Les deux aiment à fomenter des projets diaboliques, comme par exemple faire bâtir par surprise une extension à nos locaux, murant ainsi mon bureau (8m² sans fenêtre, digne d'une luxueuse chambre à la Stasi), et s'étonnant que j'ose mettre mon veto à une telle proposition. Depuis ce funeste jour, les relations se sont fortement dégradées, je vous livre ici en pâture quelques exemples des remarques désobligeantes que Jean-Patrick et Fougère ont eu la bonne idée de formuler à des patients: 
- Non, Mademoiselle Lo0ore n'est pas là ce jour, elle est retournée à l'école - à mes patients un peu tête en l'air qui oubliaient que j'étais absente certains vendredis pour aller me retourner le cerveau en formation GEPALM*.
- Mais, Madame Machin, si vous cherchez une orthophoniste, je peux tout à fait vous prendre en charge, nous savons toutes prendre en charge la SLA* - à une dame envoyée par son neurologue et qui voulait absolument être suivie par mes petites mains.
- Pousse-toi, dégage / T'es vraiment une nonoche - à mes oreilles lorsque j'avais le malheur de me trouver dans le couloir en même temps que Jean-Patrick .
- Ah mais les orthophonistes, chacun sait qu'elles travaillent peu et ne sont jamais là - par Jean-Patrick à des patients, devant ma porte (il avait pas dû remarquer que je travaillais, en fait, et que si on ne me croise pas à longueur de journée à la machine à café, c'est peut-être parce que j'ai des consultations à honorer).
La liste est longue comme un jour sans pain, et j'avoue ne pas avoir très envie de me replonger dans de tels souvenirs, passons, si vous le voulez bien, à l'épilogue, au grand final qui se prépare.
Après huit ans de bons et loyaux services, je tourne donc la page de l'orthophonie, et se pose donc la question du devenir de mon cabinet, et de mes patients. Pourquoi y réfléchir, puisque Jean-Patrick a déjà trouvé une solution! Je cite Non mais moi je rachète, je rachète ses murs, hors de question d'intégrer une nouvelle personne, et j'offre les patients gratuitement à Fougère. Une fois de plus, qui suis-je pour ne pas agréer à un tel projet? Qu'il me propose un euro symbolique pour racheter 22% d'une boîte qui tourne plutôt pas trop mal, déjà, ça me laisse songeuse. Et le coup du "offrir des patients". Alors là, là, je HURLE. 
JE HURLE MÊME EN MAJUSCULES TELLEMENT JE SUIS EN COLÈRE. Depuis quand est-ce qu'on peut offrir des gens? Depuis quand est-ce que le libre choix du professionnel de santé peut-être ainsi bafoué? Je n'ai aucune envie de confier mes petits loustics, de surcroît pour la plupart atteints de difficultés assez sévères, aux mains de quelqu'un qui a découvert il y a 3 mois qu'on pouvait demander un dossier de compensation de handicap auprès de la MDPH* pour les dyslexiques. Qui ne sait toujours pas corriger ni coter convenablement l'ECOSSE* ni les Chronodictées*. Et le pire dans cette histoire, c'est que je n'ai même pas le droit de dire la vérité, ni même le fond de ma pensée, à mes patients, au nom déjà d'un certain devoir de réserve et de neutralité, mais surtout (et là le bât blesse sérieusement) pour éviter toute diffamation. Génial, hé bah c'est bien, comme dirait la maman de ce coquin de Nils.
Huit ans avec eux, j'aurais appris à être vénale, dégagée de toute considération à l'égard de mes patients, manquant cruellement de conscience professionnelle, obsédée par l'apparence et les grands mots plutôt que par l'exercice de mon boulot. Sauf que, non, j'ai pas eu super envie de basculer de ce côté là de la force, cookies ou pas. Et surtout, me voilà bien écœurée par certaines mentalités, en libéral notamment, qui font qu'un petit bout de papier avec Diplôme d'orthophonie (ou de kinésithérapie dans le cas de Jean-Patrick) écrit dessus suffit, selon toute vraisemblance, à pouvoir faire la pluie et le beau temps, à posséder toutes les connaissances terrestres et même de l'univers, à être un cow-boy affublé de lunettes de soleil qui débarque, oh yeah, pour sauver le monde dans sa jolie Porsche.
Merci à vous, Fougère et Jean-Patrick, vous m'avez montré tout ce que je compte ne jamais devenir, et surtout, dans une dizaine d'années, quand mes quatre cent cinquante copains de promo et moi-même serons (enfin!) médecins, je penserai très fort à vous lors des prescriptions de soins d'orthophonie et de kinésithérapie.
Allez, bon vent à vous, bisous bécots.

*GEPALM = Groupe d'Etude sur la Psychopathologie des Activités Logico-Mathématiques, utile pour rééduquer la dyscalculie, les troubles de compréhension des problèmes, les activités logiques élémentaires telles la sériation, l'inclusion, et autres.
* SLA = Sclérose Latérale Amyotrophique ou maladie de Charcot, pathologie neurodégénérative d'évolution relativement rapide, avec troubles moteurs et de déglutition massifs.
* MDPH = Maison Départementale des Personnes Handicapées, qui gère tous les dossiers de compensation de handicap, du tiers-temps aux examens à l'attribution d'un secrétaire scripteur en passant par les orientations en établissements spécialisés.
* ECOSSE = Epreuve de COmpréhension Syntaxico-SEmantique, un test d'évaluation de la compréhension orale utilisable chez l'enfant et l'adolescent et basé sur un principe de "point and click" à l'ancienne (montrer l'image qui correspond à la phrase entendue).
* Chronodictées = épreuve d'orthographe consistant en la dictée de plusieurs phrases (nombre variable selon le niveau scolaire) et évaluation des erreurs en termes de difficultés de segmentation (la viateur), de syntaxe, de phonétique.

jeudi 7 juin 2012

YAY \o/

Et hop, il était plus que temps de revenir errer dans les parages, avec, une fois n'est pas coutume, un super post rempli d'amour, de joie, de félicité, et de quelques relents de champagne.
Après neuf mois de stress, emplis de cours (et donc de réveils à des horaires tellement indécents que je n'en ferai point étalage), de colles le samedi matin (bénie soit ma cafetière), de révisions en BU et de McDo nocturnes sur un parking, je suis ravie de vous annoncer que j'ai réussi. Et ouais, je l'ai fait, et j'en suis plutôt drôlement fière. J'ai eu médecine, et aussi pharmacie, un beau petit doublé qui m'emplit d'une autosatisfaction pleinement justifiée (tas de jaloux taisez-vous).
Une page va donc pouvoir se tourner, je vais pouvoir dire AROUARE au monde merveilleux de l'orthophonie pour me plonger avec délectation et volupté dans les pavés d'immuno et de cardio. A moi les sessions de répartition de terrains de stage avec en bonus les essayages de blouse, à moi les ronéos et autres stages en gériatrie pour flanquer mon index vengeur dans le fondement d'un pépé pervers, à moi les premières dissections de gens morts depuis un bail. A moi aussi les soirées totalement improbables, les WEI (Ouiken d'intégration), les vacances qui durent quatre mois. 
Nouvelle vie en préparation, et quelle satisfaction de pouvoir (enfin!) toucher du bout des doigts un projet qui me tenait à cœur depuis, oulà, bien trop longtemps.
J'en profite, une fois de plus, pour remercier tous ces gens sans qui ça n'aurait été juste pas possible.

Merci Papa, merci Maman, merci Mamie, merci Parrain, merci Marthe, merci Audrey, merci Marc, pour votre écoute lors des coups de blues, pour votre service traiteur à domicile et le tirage de tarots pré-concours. Et pour avoir toujours cru en moi, toujours.

Merci Yvette, merci Beun, merci Alex, merci Audrey, merci Maël, merci Lisa, merci Alexia, merci Malik, merci Tim, merci Jérémy, merci Benjamin, merci les deux Louis, merci Romaric, merci Pierre, pour avoir toujours été là, physiquement et/ou par la pensée, pour me flanquer des coups de pied dans le postérieur, et toujours à bon escient, pour vos blagues avec des brocolis et vos sms bizarres.

Merci Magali, merci PIM, merci Benjamin, merci Gauthier, merci Aurélie, pour vos super conseils, votre intuition de malade pour les questions rédactionnelles de sciences humaines, pour votre façon d'expliquer la chimie orga avec des donuts, et la mécanique des fluides avec force dessins improbables.

Merci François, et merci à toute la bande de comparses de galère, pour ces sessions "craquage", ces dissertations sur le contrôle des sphincters, à tous ces pinaillages en embryologie, aux coups de gueule, aux coups de cœur, aux mesurages de zizis sur les quantités d'alcool ingérées en post-partiels.

Merci Seb, merci Émilie, merci à toute la bande de chiméreux adeptes du rosé-pamplemousse et des chips aux goûts étranges (n'empêche, goût huître quoi, je veux goûter), pour ces folles soirées, ces bières, ces cocas cafés, ces goûters-crucifix-tatouages et vannes honteuses.

Merci Hank pour ces levers de soleil au Sancerre rouge, ces nuits entières passées à refaire le monde depuis le départ, ces clingzzzz enchanteurs, et pour avoir su si bien me rassurer et me faire oublier mon stress.

Merci Maelinou, merci Barb, merci Minou, merci NonS, merci Dewey, pour me supporter sur TS et dans Diablo quand je me fais one-shot par des pâquerettes, pour m'avoir laissée jouer à cache-cache avec des démons en Armageddon en gloussant comme une hyène hystérique, pour vos vannes ô combien douteuses et tout le stuff, looté sur des cadavres de poneys.

Ouais alors merci à vous, tas d'gens que j'aime, merci d'avoir été là, merci pour tout, love ya all